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News Suisse International
3 janvier 
  16:25   Crise de l'or noir en Irak
par Bushra Juhi

BAGDAD (AP) - Rongé par les violences, l'Irak ne peut toujours pas profiter de son or noir. Les exportations de brut ont atteint en décembre leur plus bas niveau depuis leur reprise après la guerre et dans le pays et le mécontentement monte face à la flambée des prix décidée par le gouvernement et les difficultés d'approvisionnement.
L'Irak éprouve beaucoup de mal à retrouver son niveau de production d'avant la guerre. En 2005, les exportations de brut ont chuté de 4,7% par rapport à 2004, avec un total de 508 millions de barils, soit 1,41 million par jour, confiait mardi un responsable de l'industrie pétrolière irakienne.
Avant la guerre, l'Irak exportait environ 2,2 millions de barils par jour et le gouvernement irakien s'était fixé pour objectif d'atteindre entre 1,6 et 1,7 million par jour.
Le mois dernier, seuls 34,4 millions de barils ont été exportés, soit le volume le plus faible depuis la reprise des exportations de pétrole irakien à la fin juin 2003. Conséquence des actes de sabotage persistants contre les installations pétrolières du nord de l'Irak, la majeure partie des exportations provenait des terminaux du sud du pays. Sur l'année, 496 millions de barils ont exportés depuis le Sud, contre 19 dans le Nord.
Le 18 décembre, le gouvernement irakien a relevé les prix du gazole et du kérosène notamment, les multipliant par cinq voire sept. Une décision destinée à lutter contre la revente au marché noir à l'étranger.
Le même jour, la plus grande raffinerie du pays, à Beiji, dans le nord de l'Irak, cessait sa production, les chauffeurs de camions-citernes refusant d'emprunter les dangereuses routes à travers le désert. La reprise a finalement été annoncée lundi après que le gouvernement eut promis des renforts pour sécuriser les axes routiers. Dans le Sud, les exportations ont aussi repris lundi, après plus d'une semaine de mauvais temps et un manque de remorqueurs pour les pétroliers, selon un responsable qui a requis l'anonymat pour des raisons de sécurité.
Le même jour, le ministre du pétrole Ibrahim Bahr al-Uloum a démissionné, dénonçant l'incapacité du gouvernement à tenir sa promesse de dédommager les familles les plus pauvres après la hausse des prix du carburant.
La population a dû s'habituer aux longues files d'attente à la pompe, devenues le lot quotidien dans l'Irak de l'après-Saddam Hussein, un pays qui déborde d'or noir, mais manque de capacité de raffinement.
Le mécontentement a progressé après les hausses des prix et les difficultés d'approvisionnement. Nombre de manifestations ont eu lieu et à Kirkouk, ville pétrolière du Nord, les rassemblements ont tourné à l'émeute. La police a ouvert le feu dimanche sur des protestataires, tuant quatre personnes, alors qu'une station-service était incendiée.
Salah Adnan, un fonctionnaire du ministère de l'Education à Bagdad, raconte qu'il a dû patienter trois heures dans une file de trois kilomètres pour se procurer du carburant. Au terme de la longue attente, les clients ne se voient accorder qu'une ration relativement faible, laissant les familles qui doivent se déplacer en voiture et faire fonctionner un générateur chez elles face à un choix difficile.
Dans le Sud, à Bassorah, la deuxième ville d'Irak, les stations-service privées ont fermé à cause de l'insécurité, ne laissant que les établissements tenus par les autorités. «J'ai fermé ma station jusqu'à la fin de la crise», explique un gérant Mohammed Chakir. «Les attaques, les fusillades et les incendies de pneus sont trop fréquents».
Certaines stations de Bassorah ouvrent désormais 24 heures sur 24 pour compenser les fermetures. «On travaille jour et nuit mais il y a toujours foule. Certains utilisent la violence et la force pour obtenir du carburant, ce qui rend notre travail très difficile», explique un employé Sami Mehdi.
Nombre d'Irakiens sont forcés contraints d'acheter l'essence au marché noir pour éviter les files d'attentes, à un prix supérieur de 60% à ceux des stations les plus chères.
Les prix de l'essence ont longtemps été subventionnés par l'Etat et restent relativement bas comparé au reste du monde. Le gouvernement a démenti les rumeurs d'une nouvelle hausse des prix. AP
sb/v/Bg
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